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L’Ambassade de France et la "Maison Igoumnov"

Le Quartier Zamoskvoretchié, littéralement "au delà de la Moskova", se développa au sud de la butte du Kremlin, sur les terres basses occupées jadis par les jardins potagers du Tsar et traversées par la route qui menait vers le royaume des Tatars et dont la rue Bolchaïa Ordynka (de la Horde d’Or) perpétue la mémoire.

Au XIXème siècle, les riches marchands qui y habitaient firent construire de somptueuses demeures. Leur mode de vie tout particulier fut décrit avec beaucoup de finesse et d’humour par l’écrivain Alexandre Ostrovski (1823 - 1886), lui même né dans le quartier.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que la propriété des Igoumnov fut achetée en 1851 par une femme, Vera I. Igoumnova, à une autre femme, Varvara Krachennikova, les biens familiaux étant ainsi préservés en cas de faillite du mari.

La première maison sur la Bolchaïa Iakimanka, construite après l’incendie de 1812, était fort simple, dans le style Empire alors courant. La façade fut embellie ensuite avec des colonnes et des corniches, mais en 1888 le propriétaire de l’époque, Nikolaï Vassilievitch Igoumnov, la trouvant indigne de lui et de sa position (il appartenait à la première guilde des marchands moscovites) demanda à la municipalité la permission d’en édifier une autre. Etant lui-même originaire de Yaroslavl, il s’adressa à un architecte de cette ville, Nikolaï Ivanovitch Pozdeev, pour exécuter le projet.

Celui-ci réalisa là son chef-d’oeuvre posthume, car il mourut de tuberculose peu après l’achèvement des travaux en 1895. Le style choisi fut le pseudo-russe, très en vogue alors (Musée historique, magasins G.U.M., etc.). Cette architecture s’inspire des vieux terems en bois dont le plus connu, le palais du Tsar Alexis Mikhaïlovitch à Kolomenskoe, brûla au XVIIIème siècle.

D’autres éléments furent empruntés à des monuments religieux (Saint Basile le Bienheureux) ou aux églises de Yaroslavl qui marient avec bonheur briques, pierres et faïences polychromes. Le marchand Igoumnov voulait que sa maison reflétât sa magnificence et ne regarda pas à la dépense. Les briques venaient de Hollande et les faïences furent exécutées par les célèbres ateliers Kouznetsov.

Le génie de Pozdéev arriva à concilier les différents volumes coiffés de toits pittoresques et les abondants éléments décoratifs de toute nature (clochetons, pendentifs, colonnes boursouflées, etc.). Le résultat est harmonieux, quoique massif.

L’intérieur regorge aussi d’ornements. Le hall d’entrée et l’escalier d’honneur sont un chef d’oeuvre de polychromie en accord avec l’extérieur. Néanmoins, une fois franchie la lourde porte qui mène vers le salon, l’architecte change complètement de style et nous plonge dans un décor classique.

Le mobilier Louis XV et les magnifiques tapisseries des Gobelins du XVIIème siècle accentuent l’esprit français de la pièce. Le petit salon adjacent est meublé en Louis XVI et la salle à manger privée avec du mobilier et des tissus Empire. La grande salle à manger, très sobre et dépouillée, a un caractère moyenâgeux avec son plafond bas et voûté.

Après la révolution de 1917, la maison connut différents usages, centre médical puis club des travailleurs. En 1938 elle fut mise à la disposition du gouvernement français pour y loger son ambassade. Depuis la construction de la chancellerie annexe en 1979, elle est devenue la Résidence officielle des Ambassadeurs de France.


publié le 29.12.2003

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